Une vidéo du Manipur suscite l’effroi

Depuis le 3 mai 2023, l’État fédéré du Manipur, au nord-est de l’Inde, est en proie à des vagues de violence continuelles. Une vidéo choquante vient de faire surface. Elle montre comment deux femmes de l’ethnie chrétienne Kuki-Zo sont exhibées nues en public et maltraitées, malgré la présence de la police.

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Ce n’est que deux mois plus tard que l’horrible crime a été révélé, lorsqu’une vidéo a fait le tour des médias sociaux. Cette image provient de la vidéo, la femme nue a été recouverte par la rédaction de Northeast Now. Photo : capture d’écran nenow.in

 

L’acte criminel avait déjà eu lieu le 4 mai 2023 dans le district de Thoubal. Ce n’est que maintenant qu’une vidéo correspondante a été diffusée sur les médias sociaux. Il s’agit d’un enlèvement, d’un viol collectif et d’un meurtre. Comme le rapporte The Indian Express, le Premier ministre Narendra Modi a vivement réagi. Le 20 juillet, il a condamné cet acte honteux. C’était la toute première fois qu’il évoquait publiquement la situation dans l’État fédéré du Manipur. « L’incident qui a été révélé au Manipur est une honte pour toute société civilisée », a déclaré le Premier ministre, dont le parti est majoritaire au Manipur. CSI a critiqué le trop long silence de Narendra Modi et lui a demandé le 22 juin, à l’occasion de sa visite aux États-Unis, d’assurer la sécurité de tous les groupes tribaux du Manipur, en particulier de ceux qui sont les plus visés par la violence.

Enlèvements, meurtres, viols

Des témoins oculaires ont raconté à différents médias comment une foule de l’ethnie des Meitei, majoritairement hindoue, avait pris d’assaut un village le 4 mai et incendié des maisons. Craignant pour leur vie, les deux femmes auraient cherché refuge auprès de la police locale, mais auraient été rattrapées en chemin par les assaillants. Elles ont dû se mettre nues et ont été emmenées à travers le village. Dans un champ, la plus jeune des deux aurait été brutalement violée. Le père et le frère de l’autre femme ont été tués lors d’une bagarre. The Wire rapporte que quatre policiers étaient présents sur les lieux du crime, sans apporter d’aide ni intervenir.

En raison du mécontentement croissant, la police du Manipur a confirmé l’enregistrement d’une plainte formelle contre des « auteurs armés inconnus ». C’est incompréhensible, car de nombreux visages sont clairement visibles sur la vidéo. Malgré cela, deux mois se sont écoulés sans qu’aucune arrestation ne soit effectuée. Mais quelques minutes seulement après la condamnation de l’incident par le Premier ministre Modi, la police est passée à l’action. À peine vingt minutes plus tard, The Indian Express rapportait que le ministre en chef du Manipur avait signalé une première arrestation en rapport avec l’affaire. Entre-temps, le gouvernement central indien a exigé de Twitter et d’autres canaux qu’ils retirent la vidéo de l’acte.

La lutte pour la terre

La violence au Manipur a pour origine la volonté des Meitei d’être reconnus comme une tribu, ce qui leur donnerait le droit d’acheter des terres dans les régions montagneuses, qui sont le territoire traditionnel des tribus des Kuki-Zo. Lorsque la cour supérieure du Manipur a ordonné au gouvernement de l’État fédéré de reconnaître officiellement l’ethnie des Meitei en tant que tribu, des membres des Kuki-Zo ont appelé à une manifestation pacifique le 3 mai. Ils auraient alors été attaqués par des extrémistes meitei. Selon des informations non confirmées faisant état de contre-attaques de la part de membres des Kuki-Zo contre des Meitei, la violence aurait explosé dans la vallée d’Imphal. Le 6 mai, l’armée est intervenue. Malgré la présence militaire, les tirs se poursuivent au Manipur. La haine et la brutalité sont considérables, comme l’ont déclaré des témoins oculaires à CSI.

CSI apporte une aide d’urgence

Selon le Indigenous Tribal Leaders Forum, au moins 114 Kuki-Zo ont été tués, 197 villages ont été brûlés, plus de 7 000 maisons ont été incendiées ou détruites, ainsi que 359 églises et bâtiments religieux ; 41 425 personnes ont été chassées de leurs villages depuis le 3 mai. CSI soutient des partenaires locaux qui apportent une aide d’urgence aux déplacés qui ont tout perdu. Ces derniers vivent soit dans des abris provisoires dans des écoles et autres bâtiments publics, soit ils se sont réfugiés dans les forêts. De nombreux Kuki-Zo sont chrétiens. Leurs lamentations et leurs prières d’espoir sont souvent entendues loin à la ronde.

Anugrah Kumar | Rolf Höneisen

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Avec le soutien de CSI, des bénévoles distribuent de la nourriture aux personnes déplacées. Photo : csi
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